On pouvait lire, la semaine dernière, dans les pages régionales Huy-Waremme de l’Avenir, les péripéties de ce jeune garçon harcelé quotidiennement par la chauffeuse et la convoyeuse de son bus scolaire. Au-delà de ce « fait divers » pas si divers que ça, l’article met une nouvelle fois en lumière le sort de ces gamins qui, chaque jour, sont condamnés à d’interminables trajets en bus, faute d’avoir pu trouver, près de chez eux, une école adaptée qui puisse les accueillir. Quatre heures de bus chaque jour … où commence la maltraitance ?
J’ai voulu écrire une petite bafouille à ce petit Clément dont il est question dans l’article … et à tous les autres jeunes Cléments victimes d’un contexte bien peu clément à leur égard.
Lettre à Clément.
« Mon petit gars, je ne te connais pas, mais je pense bien à toi ce matin, en me levant à 8 heures (eh oui, j’ai la chance d’être retraité). Je pense, en m’étirant, que cela fait déjà une heure trente que tu es dans ce bus et que tu subis la mauvaise humeur de ces personnes qui sont censées t’accompagner au mieux pour rendre ton trajet quotidien le plus confortable possible. »
« Tu as pris le bus à 6 h 30. Tu t’es donc levé vers 6 heures. Ou plus tôt. Tu t’es habillé en vitesse, tu as peut-être avalé ton petit-déjeuner, tout aussi rapidement. Parce que dans le car, tu ne peux pas manger. Tu es parti, la boule au ventre, comme le dit ta maman, parce que tu sais que le voyage ne sera pas de tout repos. Non seulement il sera long, deux heures le matin, deux heures l’après-midi, mais à la pénibilité de la durée il faudra ajouter le climat tendu qui règne dans l’habitacle. »
« Parce que tu te fais harceler, tu as eu droit à la une de la gazette. Je pense à toi, mais aussi à tous les autres petits gars et filles qui, à six, dix ou seize ans, même sans se faire agresser, subissent aussi quatre heures de déplacement, tous les jours. Tout cela, parce qu’ils ont des besoins spécifiques, et qu’ils n’ont pu trouver, près de chez eux, une école ordinaire qui aurait pu s’adapter pour les accueillir, ces enfants extra-ordinaires. Parfois, cela se justifie par des besoins très particuliers, mais parfois, et même bien souvent, il n’aurait pas fallu grand-chose pour que ces gamins soient accueillis comme tout le monde. Mais on a préféré imaginer des écoles à part, pour des enfants à qui on impose quatre heures de trajet par jour. »
« Que se passe-t-il dans ta petite tête, Clément, quand tu regardes le jour se lever derrière la vitre de l’autocar ? Quel sens tout cela a-t-il ? Pourquoi doit-on t’infliger chaque jour 240 minutes de trajet (20 heures par semaine !), alors que tes petits voisins vont peut-être à l’école du village, ou de la ville toute proche, à pied, à vélo, déposé par leurs parents ou par un chauffeur de bus qui fait correctement son boulot ? Pourquoi toi ? De quelle maladie contagieuse es-tu atteint pour mériter une telle discrimination ? "
« Que ressens-tu quand tu entres le matin, par une autre porte que les autres, celle où il est marqué « enseignement spécialisé » ? Ou quand une grille sépare ta cour de récréation de celle des autres enfants, pour bien différencier les « ordinaires » et les « spéciaux » ? »
« En tant qu’adulte, membre de cette société dite avancée, je n’étais pas fier à la lecture de l’article du journal… Je te souhaite malgré tout bon courage et bons voyages ! Bats-toi pour grandir, comme les autres ! Tu le vaux bien, petit Clément !!! »