Adulée par certains, abhorrée (du bois) par d'autres, elle ne laisse personne indifférent. C'est devenu une habitude, un rendez-vous incontournable. Toutes les années, elle nous arrive à la fin des vacances avec un nouveau titre. C’est à chaque fois une découverte, une surprise, un émerveillement, familier mais différent, le même et pas le même, même si on aime qu’il soit le même, on aime aussi qu’il ne soit pas le même.
Cette année encore, la célèbre auteure nous invite à une plongée dans son monde magique, un monde où tout est tendrement merveilleux, beau, et apaisant. Un monde d’apparence, de futilité, d’insouciance, de cette insouciance dont nous avons tant besoin en ces périodes difficiles, et même de difficultés.
Le titre à lui seul témoigne d'une inventivité sans cesse renouvelée, d'une imagination sans borne (to be alive) et d'un humour particulièrement surprenant. Quoi de plus audacieux, en effet, que d'ainsi titrer son dernier opus: "Catalogue 2017". Oui, une fois encore Amélie Ikéa joue la surprise et nous montre qu'elle a plus d'un tour dans son caddie. Et cela lui réussit plutôt bien: en quelques jours, l'ouvrage est devenue best-seller, loin devant "Nouvelles conquêtes" de son compatriote Eliö Dîrüpö, et se trouve déjà dans presque tous les foyers du pays.
Dans le cadre de notre rubrique "Un jour un livre, Deux jours un kilo", Amélie Ikéa nous a fait l'honneur de nous accorder une interview exclusive en toute franchise et simplicité.
- Nous: Amélie Ikéa, bonjour,
- Elle: Hallå
- Nous: Amélie Ikéa, parlez-nous du titre d'abord. Pourquoi "Catalogue 2017" ?
- Elle: Keskejsé möi.
- Nous: Amélie Ikéa, vous nous offrez à nouveau une rupture dans la continuité. Nous retrouvons dans votre nouvelle œuvre des noms connus. Même s’il s’agit d’une nouvelle aventure, vous faites revivre à chaque fois ces héros qui meublent votre univers et qui nous sont devenus si familiers : Godmorgon, Kivik, Färlöv, Klippan, la sculpturale Eket , le funeste Ivar, Stuva (Ah Stuva, comment l’oublier) et bien entendu le célèbre Billy. Billy, qui a fait rêver des millions d’adolescentes dans leurs pauvres chambrettes tristement meublées du lit de leur grand-mère, de la garde-robe de chez Troc et du secrétaire de leur mère, qu’elle fait reluire tous les derniers vendredis du mois (le secrétaire).
- Elle: Exakt !
- Nous: Ce qui frappe à chaque fois, c’est l’extrême fragilité de vos héros, un peu comme s’ils étaient conscients de leur éphéméritude. Ils savent qu’ils sont de passage, et que très vite, ils devront laisser la place, qu'ils ne résisteront pas au temps qui passe.
Des êtres fragiles, morcelés, très disparates au départ, mais dont la complexité devient simple et limpide dès lors que l'on se laisse emmener par le mode d’emploi que vous nous offrez et que vous nous faites découvrir pas à pas, prenant le lecteur par la main, dans un style faussement naïf.
- Elle: Féchö...
- Nous: Alors, on peut dire que cette année, même si les héros sont récurrents, vous avez décidé d’amorcer un tournant. Il y a en effet un mot que l’on retrouve presque à chaque page, et parfois même plusieurs fois (5 fois à la page 184). C’est le mot « nouveau ». Peut-on en déduire que vous avez résolument décidé de tourner le dos du passé ?
- Elle: Kesketu räkont ?
- Nous: Par ailleurs, il y a quand même cette question qui revient, telle une rengaine, inlassablement, à chaque chapitre : Pourquoi payer plus ? Et ça, c’est vraiment une question fondamentale. Parce que, en effet, après celle des origines de l’humanité, c’est quand même cette interrogation qui préoccupe le plus nos contemporains : pourquoi payer plus !!!
- Elle: Moinchèr cètillégäl !
- Nous: Mais, avant de vous laisser poursuivre, je ne résiste pas au plaisir de lire quelques passages de votre livre. Toujours ce style simple, accessible, limpide ... mais parfois aussi très second degré. Bref, bien moins innocent qu’il n’y parait. Ecoutez, c’est un régal : «Même quand tout s'agite, on est tranquille ici». Quel exotisme, et quel sens de l’à-propos ! Et plus loin, page 125 : « Quand tout le monde prend le repas à coeur, il est encore meilleur». Je la relis, tellement c’est intense. « Quand tout le monde prend le repas à coeur, il est encore meilleur». Tout est dit !
- Elle: Pöilôsziszi.
- Nous: Et votre humour ! Des jeux de mots que l'on ne trouve que sous votre plume. Ainsi: "Tout baigne pour les petites salles de bain". Irrésistible !
- Elle: Hä hä hä hä hä hä hä.
- Nous: Et puis, il ne faut quand même pas oublier ces passages d’un érotisme sulfureux où vous franchissez une nouvelle fois les limites de l’infranchissable. Juste une question, prononcée par votre héroïne qui en avait déjà pris beaucoup : "C'est dur le matin ?" demande-t-elle page 121. Et de poursuivre page 36 , toujours aussi aguicheuse: "Vous pouvez faire les deux en même temps". Et lui de répondre: "Votre petite pièce devient plus grande" (p.59). Et elle de conclure: "Faites-vous plaisir sur tous vos murs" (p.190)". Et le coup de grâce: "Le jardin se trouve à l'intérieur" p.196.
- Elle: Arèt', tumeqsit !
- Nous: Amélie Ikéa, merci d’avoir répondu à nos questions. Et nous vous donnons déjà rendez-vous l'année prochaine, pour un nouveau chef-d'oeuvre !
- Elle: Donkvöilhä !
- Nous: Donc, voilà.